Construisons Ensemble LEnvironnement et la Santé des TERritoires

Miramas

Démarche d’urbanisme favorable à la santé en co-construction avec les habitants

Olivier Michel, chargé de mission pour la rénovation urbaine à la métropole d’Aix-Marseille-Provence, revient sur le processus de mise en place et de suivi d’un projet de renouvellement et de valorisation d’un quartier.
Point fort méthodologique

Interview de Mr MICHEL, chargé de mission rénovation urbaine, Mission rénovation urbaine, Pôle dynamiques urbaines et développement durable – Ville de Miramas

Résumé : Monsieur Olivier Michel, chargé de mission rénovation urbaine pour la Ville de Miramas, présente comment une démarche d’urbanisme favorable à la santé a été co-construite avec les habitants dans le cadre du projet global de Rénovation urbaine.


A quelles problématiques répond votre action ?

Nous sommes engagés depuis 2014 sur un projet de renouvellement urbain. 

Nous voulions travailler sur les questions de la santé car des besoins nous ont été remontés par l’atelier santé ville (ASV), le centre social et les professionnels de santé présents sur le territoire.

Dans quel contexte s’inscrit-elle ?

Nous sommes dans un quartier politique de la ville qui fait partie d’un projet de renouvellement urbain soutenu par l’Agence nationale pour le renouvellement urbain (ANRU). 

A quels enjeux de territoire répond le projet ?

C’est un quartier très enclavé, avec des rues sinueuses et des équipements et des espaces publics dégradés, des logements vieillissants, une part importante de logements sociaux et des activités économiques bien présentes mais fragiles.

L’enjeu majeur du projet est la mixité sociale, suivi par le développement économique, le désenclavement et l’efficience environnementale. 

Y a-t-il eu un diagnostic ? Est-ce que l'action s'est-elle réalisée sur un ressenti ou une priorité politique ?

Le deuxième projet de renouvellement urbain vient en continuité logique du premier projet (Maille 2). Un diagnostic a été réalisé pour comprendre les enjeux et candidater auprès de l’ANRU afin d’être retenu parmi les 200 quartiers d’intérêt national qui bénéficient d’importantes subventions. Un projet de cette ampleur naît bien entendu d’une volonté politique forte.

Quelle est l'histoire du projet (éléments déclencheurs, opportunités…) ?

Elle est liée à l’histoire de la ville : beaucoup de logements ont été construits en prévision du développement du port autonome de Fos-sur-Mer.

Malheureusement avec le crash pétrolier, le développement n’a pas été aussi important que prévu. De nombreux logements ont donc été vacants puis squattés.

La création de l’ANRU en 2003 a facilité les choses et la ville s’est déjà inscrite dans un projet de rénovation urbaine qui s’est terminé en 2015.

Nous avons donc décidé de candidater pour ce projet-ci au sud de la première rénovation urbaine avec des enjeux plus globaux de renouvellement urbain.

Sur quels critères avez-vous priorisé vos actions ?

Nous nous sommes reposés essentiellement sur les critères de l’ANRU.

Le projet a-t-il été le fruit de concertations /d'échanges anticipés par les parties concernées ? Et par la population ?

Oui, comme il est expliqué dans la vidéo, nous avons mis en place une démarche de co-construction avec les habitants du quartier d’avril 2016 à fin 2017. Nous avons créé et utilisé des outils participatifs qui ont amené à des productions collectives (livrets, maquettes…).

Une démarche en 4 phases sur une trentaine de temps de rencontres a été déployée :

Avril à octobre 2016. Phase d’élaboration du diagnostic :

  • 1 diagnostic en marchant.
  • 6 ateliers mixtes thématiques.
  • 1 réunion publique de restitution.

Octobre 2016 à décembre 2016. Phase prospective « Imaginer l’avenir du quartier » :

  • 3 ateliers mixtes.
  • 1 réunion publique de restitution ;

Janvier 2017 à avril 2017. Phase de co-construction du programme :

  • 3 ateliers mixtes à l’aide de maquettes aimantées.

Avril à décembre 2017. Phase d’ajustement : 

  • 3 ateliers mixtes pour présenter analyser, compléter et modifier le scénario d’aménagement, imaginer la suite de la démarche participative.

Quels sont les différents objectifs visés par votre action ?

La finalité du PNRU est de transformer en profondeur les quartiers en difficultés (QPV) qui présentent une forte concentration de ménages en difficulté sociale et économique.

Les objectifs du projet global s’inscrivent dans les lignes directrices de l’ANRU :

  • Valoriser l’activité commerciale et économique et développer une économie adaptée au quartier.
  • Désenclaver le quartier en le reliant à la ville par des espaces publics qualitatifs et écologiques.
  • Diversifier et améliorer l’offre résidentielle en faveur de la mixité sociale et de parcours résidentiels positifs.
  • Requalifier les équipements pour répondre aux besoins des habitants du quartier et du territoire.
  • L’efficience environnementale étant un objectif transversal aux 4 précédents.

Quel(s)sont le(s) public(s) cible du projet ?

Les habitants du quartier, présents et futurs car nous souhaitons mixer les publics et attirer de nouveaux habitants.

Quelles stratégies avez-vous utilisées pour mobiliser le public concerné ?

En premier lieu, le sujet de l’action à savoir le logement et le cadre de vie intéresse les habitants.

Ensuite nous avons décidé d’organiser des réunions publiques dans un lieu et à une heure où nous avions le plus de chance de toucher la population soit dans l’école primaire, en semaine, à partir de 18h.

Le maire s’est plusieurs fois déplacé, ce qui mobilise le public également.

Nous avions ensuite des personnes relais « les parrains et marraines » qui sont des habitants qui se sont rapidement investis fortement dans le projet.

Ils nous ont aidés à tester nos outils collaboratifs. Ils ont aussi des missions de diffusion de l’information. De plus, ce titre de « parrains et marraine » a permis de valoriser l’engagement de ces personnes dans la démarche participative.

 Enfin, la « maison du projet » a ouvert en décembre 2017 ou des permanences ont été mises en place, notamment pour l’information des habitants.

Le public a-t-il été impliqué dans la conception du projet ? Comment ?

Oui, dès le départ. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons mis presque 2 ans afin de réfléchir collectivement, en créant une démarche de co-construction, en faisant évoluer nos manières d’animer les réunions, en adaptant notre pédagogie…

Quelle est la durée de ce projet ?

Avril 2016 à décembre 2017 : phase de concertation soit 1 an et 8 mois et jusqu’à épuisement des demandes de modification et donc une sorte de consensus sur le plan projet.

Quelle est la temporalité d'un tel projet (à quelle date la conception du projet a eu et à quelle date le projet a été mis en place) ?

  • 2014 : candidature à l’ANRU.
  • 2016-2017 : phase de concertation.
  • 2018 : écriture et montage du projet administratif et financier, convention avec l’ANRU.
  • 2019- 2027 : mise en œuvre du projet = travaux.

Soit 13 ans.

Le projet a-t-il différentes phases ? Si oui lesquelles ?

Oui (cf. question de la concertation avec le public).

Le public participe-t-il à l’action ?

Oui il a participé pendant 1 an et demi à la phase de concertation.

Quelles actions ont été mises en place ? Où ? Quand ? Comment ?

Voir la réponse à la question de la concertation avec le public.

Les réunions collectives se sont déroulées dans l’école du quartier

Quel est l'échéancier du projet ? Comment a-t-il été élaboré ?

Voir la réponse à la question de la temporalité du projet.

Quels ont été les moyens alloués au projet (budget, ressources humaines dédiées, formation du personnel, mise à disposition de personnel, locaux ou matériel, moyens techniques etc.) ?

Nous sommes une équipe composée d’1 chef de projet, de 2 chargés de mission à temps complet et d’un étudiant en thèse.

Nous avons eu à disposition par un bailleur social, un local pour aménager la maison du projet.

Comment les expériences du terrain sont transmises aux décideurs /responsables /financeurs ?

Les élus ont participé à la démarche participative auprès des habitants, des techniciens de la ville, etc.

Il y a-t-il un comité de pilotage ?

Oui.

Qui compose le comité de pilotage ?

L’équipe de rénovation urbaine de la mairie, l’élu de la métropole, l’élu local, le sous-préfet d’Istres, deux bailleurs, un représentant du conseil citoyen, les différents maîtres d’ouvrage.

Quels sont ces objectifs ?

Présenter les points d’étapes.

Valider les décisions prises.

Communication des informations à tous les partenaires ;

Combien de réunions de comité de pilotage avez-vous organisées ?

 3 à 4 par an.

Qui a été le coordinateur du projet ? A-t-il différents rôles dans la structure ?

L’équipe de Miramas ;

Quels sont vos partenaires ? Quel rôle ont-ils joué dans le projet (opérationnel, financier, consultatif…)? Comment ont-ils rejoint ce projet ?

Ils sont très nombreux !

Les partenaires de l’ANRU, l’assistance à maitrise d’ouvrage, Agence nationale de l’habitat (ANAH) ; les différents services de la Ville et de la Métropole, la Maison de l’emploi, les bailleurs, le Département, la Région, la Préfecture, la Caisse des dépôts et consignation, Action logement.

Opérationnel : le Centre social, Maison de l’emploi, l’école, les associations, etc.

Comment avez-vous évalué votre projet ?

Dans le règlement général de l’ANRU, il y a des points d’étapes obligatoires. Nous avons pour le moment évalué le processus de co-construction. Nous avons beaucoup d’indicateurs quantitatifs (le nombre de participants, le nombre de réunions, le nombre de demandes de modifications, le nombre d’outils produits…).

Nous avons évalué la qualité de notre démarche grâce à nos ateliers collectifs, ce qui nous a permis d’adapter nos stratégies et notre démarche.

Nous réfléchissons encore aujourd’hui à l’évaluation de la co-construction quand les travaux seront réalisés (visite des chantiers avec les habitants par exemple, ateliers urbains…).

Qui a évalué ?

Un prestataire extérieur et indépendant de l’ANRU évalue le projet à mi-projet et à la fin du projet. 

Nous nous auto-évaluons avec le Plan stratégique local (PSL) qui va être mis en place par nous et qui mêle l’évaluation à la prospective : c’est un dispositif qui permet d’évaluer les impacts du projet ainsi que la manière dont il a été mis en œuvre pour pérenniser l’investissement réalisé sur le long terme.

Quand l'évaluation a-t-elle eu lieu ?

En cours de projets grâce aux atelier collectifs (équipe projet), à mi-projet et à la fin du projet ( l’ANRU).

Quels ont été les résultats (quantitatifs et qualitatifs) de l'évaluation ?

Nous avons produit en une trentaine de temps de rencontres : 

  • 6 livrets techniques de diagnostic 
  • 3 livrets prospective.
  • 15 maquettes.

Nous avons pu nous approcher d’environ 200 personnes différentes.

En terme qualitatif, nous avons redéfini notre approche pédagogique et avons décidé de tester nous outils auprès des parrains et marraines du projet.

Avez-vous observé des effets inattendus (émergence d'une autre problématique, nouveaux partenariats, ...) ?

Non.

Si un autre territoire souhaitait reproduire votre action, quels conseils lui donneriez-vous ? 

Avoir une équipe dédiée au projet, d’être très liés avec la politique de la ville.

La démarche de co-construction est très importante et nous avons recruté une équipe à maîtrise d’ouvrage spécialisé dans la co-construction.

Il faut donc avoir cette volonté et savoir s’entourer de personnes compétentes dans ce domaine

Il faut des élus sensibilisés, des techniciens dédiés et sensibilisés et une assistance à maîtrise d’ouvrage qui est spécialisée dans la co-construction.

Avez-vous déjà identifié des points sur lesquels vous voulez évoluer, vous améliorer ?

Nous avons identifié que la parole des adolescents et jeunes adultes n’a pas été assez entendue donc il faut s’améliorer sur ce public-là. Nous pensons par exemple à maîtriser davantage l’outil numérique, se rapprocher de l’Education nationale.

Nous devons encore nous améliorer sur la communication et la mobilisation du public. Le quartier comprend environ 2700 habitants donc nous devons encore continuer à mobiliser les habitants et développer des outils.

Pouvez-vous identifier 3 moments clefs de la réussite de votre projet ?

Moment où nous avons choisi une équipe à assistance à maîtrise d’ouvrage vraiment compétente sur les questions de co-construction.

Avez-vous valorisé votre action ? Auprès du qui ? Comment ?

Auprès des professionnels, grâce à l’ANRU : intervention à l’ANRU lors des journées dédiées à l’innovation urbaine, et leurs outils de communication.

Auprès du grand public : dans les réunions publiques dans le quartier mais ailleurs (Conseil de ville par exemple).

Bibliographie

Miramas


Généralités

Nina Lemaire, Agir pour un urbanisme favorable à la santé. Outil d'aide à l'analyse des Plans locaux d'urbanisme au regard des enjeux de santé, EHESP, Ministère des affaires sociales et de la santé, 2016, 83 p. 

Anne Roué Le Gall, Judith Le Gall, Jean-Luc Potelon (et al.), Agir pour un urbanisme favorable à la santé, concepts & outils, EHESP, Ministère des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, 2014-09, 192 p. 

Corinne Langlois, Guide Plan local d'urbanisme et santé environnementale, ARS Aquitaine, A'urba, 2015-11, 164 p.

complété par : GONZALEZ ALVAREZ Antonio, Plans locaux d'urbanisme et santé environnementale. Vade-mecum à l'attention des collectivités locales, A'urba, 2019-04-30, 96 p.

Identification des outils nécessaires à l'évaluation des impacts sur la santé, et des impacts socio-économiques associés, dans les documents de planification territoriale relatifs aux déplacements ainsi qu'à l'urbanisme et aux logements. Synthèse, HCSP, 2017-12, 178 p.

Daniela Sanna, Stratégie urbanisme durable.2018-2022. Inspirer, accompagner et animer les acteurs de l'urbanisme dans la transition écologique et énergétique pour des territoires désirables, partagés, équilibrés, ADEME, 2017-12, 15 p.


Point méthodo : Participation des habitants

Zoé Heritage, La participation des habitants.es en santé,Réseau français des Villes-Santé de l'Organisation mondiale de la santé, 2018-01, 4 p.

Luc Hincelin, Apprécier les niveaux de la participation, Rubrique repères pour agir en promotion de la santé, n° 1, 2008-02, 2 p.